Maltraitance à l’hôpital : quand la violence touche aussi les enfants
Christophe, 14 ans et demi, est suivi par son médecin traitant pour une maladie de Crohn (affection chronique inflammatoire du tube digestif).
Il est hospitalisé en urgence, par son médecin traitant, devant la suspicion d'une occlusion intestinale aiguë. Le service de pédiatrie générale étant complet, Christophe est admis, en chambre seule, dans le service de chirurgie digestive adulte. Il subit immédiatement une intervention chirurgicale, en raison d'une menace possible de nécrose d'une anse intestinale.
Après 4 jours, Christophe est pris de diarrhées profuses et de violentes douleurs abdominales. Une fièvre relativement élevée est constatée par le personnel infirmier. Un bilan sanguin confirme l'existence d'une infection. Au cours des 5 jours suivants, l'état général de Christophe se dégrade dans un climat d'indifférence de la part des soignants qui en ont la charge. Les bilans sanguins se succèdent, confirmant une septicémie, mais aucun traitement antibiotique n'est mis en route. Christophe est décrit par ses parents comme un adolescent « fragile » depuis l'annonce de sa maladie. Il est d'un naturel timide, plutôt craintif et pleure facilement.
Pourtant, le personnel infirmier ne semble pas prendre en compte cette dimension pour adapter son comportement, bien au contraire. Au cours des 11 jours d'hospitalisation qui vont précéder son décès, il confie à sa mère être victime de brimades régulières de la part des infirmières, notamment la nuit : « Arrête de pleurnicher... » ; « Nous ne sommes pas là pour ramasser ta m... » ; « Pas la peine de réclamer ta mère, elle ne viendra pas... ». Avec son téléphone portable, il se confie toutes les nuits à sa mère, relatant ses douleurs non soulagées et ses angoisses d'être réprimandé lorsqu'il souille sa chambre, pris de violentes diarrhées.
Les parents, estimant ne pas avoir obtenu une écoute attentive et compassionnelle de la part de la direction et des professionnels de santé, ont saisi le Pôle Santé, Sécurité des Soins, exprimant l'espoir que de tels faits ne se reproduisent plus.
Une réunion entre les parents et l'hôpital à des fins de médiation a été organisée rapidement et chacune des parties a pu s'exprimer librement et défendre ses positions. Le constat dressé, la direction de l'établissement s'est engagée à mener :
- d'une part, une sensibilisation des soignants sur la notion de « bientraitance », en rappelant la charte de l'enfant hospitalisé et, notamment, que les enfants ne doivent pas être admis dans les services adultes, qu'un enfant hospitalisé a le droit d'avoir ses parents auprès de lui jour et nuit quel que soit sont âge ou son état, que l'équipe soignante doit être formée à répondre aux besoins psychologiques et émotionnels de l'enfant et qu'il doit être traité avec tact et compréhension en toute circonstance.
- d'autre part, une réflexion sur la mise en place d'un recueil systématique des cas de maltraitance par les professionnels de santé.