Dr Bernard ABRY, médecin anesthésiste-réanimateur
La loi LEONETTI, votée en avril 2005, est malheureusement connue grâce ou à cause de sporadiques et tapageurs étalements médiatiques, souvent orchestrés par les partisans de l'euthanasie à l'occasion de drames humains surexploités.
Les familles, proies faciles, dans la douleur extrême, sont alors appelées à témoigner de la nécessité imminente de légaliser l'euthanasie.
Ainsi, quand vous posez la question autour de vous : « Connaissez-vous la loi LEONETTI ? » ; la réponse est le plus souvent : « Ah oui, la loi sur l'euthanasie ! ».
Dans la vraie vie, pas celle des étranges lucarnes ou des revues de salon de coiffure, on ne meurt plus chez soi, veillé par les siens ou végétant dans un coin discret de la pièce commune : on meurt dans les établissements hospitaliers dans une surenchère de moyens.
Les médecins, dont le devoir et la vocation est de soigner souvent dans la crainte de poursuites, n'hésitent pas à mettre en œuvre les techniques dont ils disposent et à faire bénéficier les patients des données acquises de la science, comme le recommande le code de déontologie. Or le malade n'est pas une maladie, il est un être souffrant d'une maladie dans un contexte familial, social, traditionnel, philosophique et parfois religieux.
Doit-on nécessairement faire ce que l'on sait faire ?
La loi LEONETTI apporte une réponse législative à cette interrogation, renforce les droits des malades et accorde des droits spécifiques aux patients en fin de vie sans pour autant légaliser l'euthanasie. Elle laisse, par ses ambigüités, une place à la conscience morale. Sa connaissance ne devrait pas être le privilège des unités de fin de vie mais devrait être étendue à l'ensemble des praticiens et des soignants ainsi qu'aux familles ; puisque la fin de vie, totalement médicalisée, d'une affaire de famille est devenue une affaire de l'Etat.
Qui connait l'existence de la personne de confiance et son rôle ? Qui connait les directives anticipées ? Il est temps que s'installe un dialogue du respect entre les hommes soignants et les hommes soignés.
Le Pôle Santé du Médiateur de la République a sans nul doute un rôle à jouer dans la diffusion de cette loi qui, le jour venu, nous concernera tous.
Dr Bernard ABRY - Médecin anesthésiste-réanimateur